Des tests automatisés bloqués faute de permis de Québec – LA PRESSE

Des tests automatisés bloqués faute de permis de Québec – LA PRESSE

  • Post category:Covid-19
Share on facebook
Facebook
Share on twitter
Twitter
Share on linkedin
LinkedIn
PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Jan-Eric Ahlfors, PDG et chef scientifique de Diagnostiques Lilium

Une entreprise de Laval derrière une plateforme qui promet de quadrupler le nombre de tests de COVID-19 analysés chaque jour dans la province dénonce la lenteur du gouvernement du Québec à lui remettre son permis au moment où une potentielle troisième vague d’infections inquiète les experts.

 

Nicolas Bérubé

NICOLAS BÉRUBÉ

LA PRESSE

Diagnostiques Lilium, qui a déjà reçu ses certifications fédérale et internationale, a conçu un système automatisé pour analyser plus de 100 000 tests RT-PCR par jour de manière plus précise et moins coûteuse que les analyses actuelles.

« Avec une telle capacité de tests, et une capacité qui peut augmenter à 1 million de tests par jour, on peut vite identifier les gens infectés et venir à bout de cette pandémie », explique Jan-Eric Ahlfors, PDG et chef scientifique de Diagnostiques Lilium, établie dans la Cité de la Biotech de Laval.

La plateforme mise au point par Lilium permet aux gens de faire eux-mêmes un prélèvement de salive, de muqueuses au fond de la gorge ou de se gargariser avec une solution saline, des techniques qui n’exigent pas la présence d’un travailleur de la santé.

Les analyses de Lilium coûteraient 25 $ par échantillon, un chiffre qui pourrait baisser jusqu’à 10 $ avec une hausse du volume, dit M. Ahlfors, ajoutant que les tests actuels coûtent environ 100 $ au gouvernement, incluant la collecte, le maintien à la bonne température, le transport spécialisé, l’analyse et la communication des résultats.

À l’automne 2020, Lilium a demandé et obtenu son permis du gouvernement fédéral, et a aussi obtenu la désignation internationale ISO 15189. Les inspecteurs fédéraux ont passé quatre jours dans les bureaux de Lilium avant de remettre leur certification.

Pour lancer ses activités, Lilium a toutefois besoin de recevoir son permis de la part du Laboratoire de la santé publique du Québec (LSPQ). Près de cinq mois après avoir contacté pour la première fois le LSPQ, ce permis se fait toujours attendre.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Le système de tests automatisés de Diagnostiques Lilium

« Nous avions commandé du matériel pour faire 4 millions de tests en janvier, mais nous avons dû annuler la commande parce que nous n’avions pas encore reçu le feu vert du LSPQ », dit M. Ahlfors, qui dit songer à déménager son laboratoire ailleurs au Canada ou aux États-Unis.

Sur la glace

Le DJonathon Campbell, chercheur postdoctoral à l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), fait partie de ceux qui aimeraient utiliser les services de Lilium pour faire des tests massifs à Montréal.

« L’avantage, c’est l’économie d’échelle, dit-il. On peut faire beaucoup plus de tests, et pour moins cher. Donc on augmente le nombre de personnes qu’on peut tester. S’ils sont capables de le faire, ça change complètement la donne. Ça ouvre des portes vraiment intéressantes », explique le DCampbell, qui ajoute qu’il n’a pas lui-même pu tester les services de l’entreprise.

Claude B. Gosselin, président de l’entreprise Thomas O’Connell, spécialisée dans l’installation de procédés de production de masse de vaccins, dont celle de la nouvelle usine pour la fabrication du vaccin de Novavax à Montréal, dit être « extrêmement troublé » par l’apparente absence d’un sentiment d’urgence à donner le feu vert à la plateforme de Lilium.

Ayant à faire face à des clauses de pénalité majeure en cas de retard, nous tentons de mettre en place un système de dépistage de tous nos employés. Les embûches que subit Lilium ne nous permettent pas de trouver d’alternative économique viable.

Claude B. Gosselin, président de l’entreprise Thomas O’Connell

Fin janvier, quatre mois après la demande initiale, trois inspecteurs du LSPQ se sont rendus sur place, dit M. Ahlfors. « Ils étaient fascinés par notre plateforme, et n’ont trouvé aucun problème. Ils nous ont donné de bonnes recommandations pour perfectionner notre labo. Mais il faut que la demande soit approuvée par la direction du LSPQ, et ensuite par le ministère… C’est très bureaucratique. »

Sybille Jussome, conseillère en communication à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), explique que le processus auquel le laboratoire Lilium est soumis est le même que pour tous les autres laboratoires.

« Dans ce cas précis, il nous manque des informations qu’ils ne nous ont pas encore fournies, et qui nous empêchent de finaliser le dossier et de délivrer le permis », a-t-elle dit, sans préciser de quelles informations il s’agissait.

Jan-Eric Ahlfors dit ignorer de quoi il est question. « Nous les avons contactés le vendredi 12 février pour savoir où en était notre demande, et on nous a dit qu’ils travaillaient sur notre dossier, et nous recontacteraient bientôt. Nous n’avons reçu aucune demande d’information de leur part depuis. »

Depuis quatre mois, dit-il, le LSPQ envoie un ou deux courriels par semaine avec des questions additionnelles.

« Pour la certification fédérale et internationale, ou pour une licence aux États-Unis, il existe un formulaire et un processus de demande très spécifiques. Pour le LSPQ, ils ont un formulaire que nous avons rempli en octobre, mais ils continuent de nous demander toutes sortes d’autres choses. À leur demande, nous avons aussi dû remplir à nouveau ce formulaire pour l’année 2021, car ils n’ont pas réussi à traiter la candidature 2020 à temps. »