Santé Canada veut autoriser plus de pesticide glyphosate sur des aliments – Radio-Canada

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Santé Canada prévoit rehausser la quantité de résidus de l’herbicide glyphosate permise sur certaines denrées, dont le blé, les haricots et l’avoine.
PHOTO : GETTY IMAGES / FCAFOTODIGITAL

Pour des céréales et légumineuses, le Canada est prêt à devenir moins exigeant que les États-Unis et la Chine.

4 h 03 | Mis à jour à 21 h 00

 

Les Canadiens ont jusqu’à mardi pour commenter une proposition du gouvernement fédéral qui vise à rehausser les quantités de résidus de l’herbicide glyphosate permises sur plusieurs denrées alimentaires comme le blé, les haricots ou l’avoine. Ottawa veut ainsi faciliter la commercialisation de produits qui dépassent les limites actuelles.

Dans l’avis de consultation(Nouvelle fenêtre) publié par Santé Canada, on découvre que la limite de glyphosate autorisée au pays serait multipliée jusqu’à trois fois pour certains aliments par rapport à la norme actuelle.

Santé Canada explique que sa proposition vise à permettre l’importation et la vente d’aliments contenant ces résidus.

 
 
Un hélicoptère répand un produit sur une forêt.

Ça va réduire les barrières pour les transformateurs alimentaires qui souhaitent importer des légumineuses de pays avec des normes moins exigeantes, note l’Union nationale des fermiers, qui s’oppose à cette proposition.

Ça va augmenter l’exposition des consommateurs canadiens aux résidus de glyphosate […], d’autant plus que la demande pour les protéines végétales est en augmentation, indique aussi l’Union nationale des fermiers dans son commentaire envoyé à Santé Canada.

Les légumineuses et les céréales comme le blé sont des denrées très importantes pour l’économie canadienne, rappelle Louise Hénault-Ethier, professeure associée à l’Institut national de recherche scientifique (INRS) et directrice du Centre Eau Terre Environnement. Ce sont aussi des denrées qui ont été identifiées comme contenant le plus de résidus de pesticides.

La modification des normes en environnement ou dans les aliments est souvent liée à des pressions de l’industrie. Je me demande quel a été le rôle de l’industrie agricole ou agrochimique canadienne.

Une citation de :Louise Hénault-Ethier, professeure associée à l’INRS et directrice du Centre Eau Terre Environnement

L’Union nationale des fermiers anticipe pour sa part que les nouvelles limites augmenteront la quantité de glyphosate utilisée dans les champs.

L’usage du glyphosate toujours en croissance

Un fermier au milieu d'un champ pendant qu'une moissonneuse récolte le blé. Des gerbes de blé sont en avant-plan.

L’épandage de glyphosate juste avant la récolte augmente la présence de résidus sur les céréales.

PHOTO : AFP / MYCHELE DANIAU

L’utilisation du glyphosate, commercialisé sous la marque Roundup, est en constante augmentation. En 2019, au Québec, il s’en est vendu 1 878 525 kilos, soit deux fois plus qu’au début des années 2000 et quatre fois plus que dans les années 1990.

Depuis quelques années, une pratique controversée prend de l’expansion : la pulvérisation des céréales et des légumineuses juste avant la récolte pour sécher le champ et faciliter le travail des moissonneuses.

Très répandue en Saskatchewan, cette façon de faire est dénoncée par des experts, car elle augmente les risques que les résidus de pesticides se retrouvent dans nos assiettes.

Plusieurs pays d’Europe comme la Belgique et l’Italie l’interdisent. Des fabricants de pâtes italiennes ont d’ailleurs cessé d’importer du blé canadien pour cette raison.

Des résidus très fréquents dans nos assiettes

Une assiette composée des différents groupes alimentaires.

Le guide alimentaire canadien encourage à manger plus de légumineuses.

PHOTO : SANTÉ CANADA

Entre 2015 et 2018, l’Agence canadienne d’inspection des aliments a constaté la présence de résidus de glyphosate sur plus de 90 % d’échantillons de pizzas et de son de blé analysés, ainsi que sur plus de 80 % des échantillons de flocons d’avoine, biscuits et craquelins.

Cependant, seulement 0,5 % de toute la nourriture analysée contenait des résidus du pesticide au-delà des limites permises à l’époque.

Louise Hénault-Ethier ne comprend pas pourquoi on souhaiterait augmenter les limites pour se conformer aux exigences d’importation ou d’exportation d’aliments, alors que les aliments sur le marché semblent se conformer.

Santé Canada assure que les nouvelles normes proposées demeurent sécuritaires.

Aux limites maximales de résidus proposés, ces résidus ne poseront pas de risques inacceptables pour aucune sous-population, y compris les nourrissons, les enfants, les adultes et les aînés.

Une citation de :Santé Canada, dans son avis de consultation

Moins exigeant que les États-Unis et la Chine

Jusqu’à présent, le Canada avait les mêmes limites que la Chine en ce qui concerne le blé, les pois et les lentilles (5 ppm), mais avec le changement proposé, les normes chinoises deviendraient plus strictes que les nôtres.

La comparaison avec les limites américaines est aussi intéressante. Pour le moment, les États-Unis sont plus permissifs que nous. Mais Ottawa est maintenant prêt à devenir moins exigeant pour l’avoine, les haricots, les pois et les lentilles.

En ce qui concerne les haricots et les lentilles, Santé Canada explique qu’elle se fie à une recommandation faite en 2019 lors d’une réunion conjointe de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation.

Ça va dans la mauvaise direction, regrette la directrice de l’Association pour le commerce biologique du Canada, Tia Loftsgard. Je ne comprends pas pourquoi le Canada veut devenir plus permissif que les autres pays.

Si vous augmentez le niveau de glyphosate autorisé sur les aliments, ça ne va pas convaincre les agriculteurs d’en utiliser moins. Au contraire, ça va leur permettre d’en utiliser plus.

Une citation de :Tia Loftsgard, directrice de l’Association pour le commerce biologique du Canada

Les producteurs biologiques s’inquiètent, car ils sont déjà victimes de la contamination des pesticides présents sur les champs voisins.

Même dans les produits biologiques, l’Agence canadienne d’inspection des aliments a découvert que 24 % des échantillons analysés contenaient des résidus de glyphosate.

Sur les 69 aliments qui dépassent les limites permises, 18 étaient biologiques. La majorité venait des États-Unis.

Une controverse qui ne s’éteint pas

L'herbicide Roundup dans différents emballages.

Des municipalités canadiennes ont interdit le glyphosate sur leur territoire.

PHOTO : REUTERS / DENIS BALIBOUSE

Le glyphosate est au centre d’un conflit scientifico-judiciaire et met en jeu des milliards de dollars.

En 2015, une agence de l’OMS a déclaré le glyphosate cancérigène probable. Son fabricant, Bayer, qui est propriétaire de Monsanto, fait face à plusieurs poursuites d’utilisateurs atteints du cancer, dont certains au Canada et au Québec.

Bayer dément que le glyphosate soit cancérigène et met en avant des décennies d’études et d’autorisations réglementaires dans différents pays qui prouvent, selon elle, l’innocuité du Roundup pour l’humain.

En janvier 2019, Santé Canada a maintenu son approbation du produit. Des municipalités ont toutefois décidé de l’interdire sur leur territoire. C’est le cas de Laval, au Québec, et de Tracadie, au Nouveau-Brunswick.

SOURCE: RADIO-CANADA