Sortir MK-Ultra de l’ombre – Des patients deviennent des cobayes / Monique Pauzé Repentigny Bloc Québecois

Sortir MK-Ultra de l’ombre – Des patients deviennent des cobayes / Monique Pauzé Repentigny Bloc Québecois

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Monique Pauzé Repentigny

À titre de députée, je suis souvent interpellée par bon nombre de citoyens qui ont besoin d’aide avec certains dossiers. En mars 2018, en lisant la lettre d’un homme de ma circonscription, j’étais loin de me douter que j’allais découvrir un scénario digne d’Hollywood, le projet MK-Ultra.  Malheureusement, contrairement à un film, l’horreur et les victimes sont bien réelles. Des gens ont été torturés ici à Montréal avec la complicité du gouvernement canadien.

D’ailleurs, deux groupes comptant plus de 500 personnes poursuivent actuellement le gouvernement du Canada et le centre universitaire de santé McGill en lien avec le programme MK-Ultra, un projet de la CIA qui visait à développer des techniques de manipulation mentale entre 1957 et 1964. Une partie de ces expériences eurent lieu à Montréal après que la CIA eut recruté le Dr Ewen Cameron qui avait élaboré une théorie pour « corriger la folie » consistant à effacer la mémoire d’un sujet pour la reconstruire. Une façon somme toute gentille pour ne pas dire hypocrite de ne pas parler de lavage de cerveau.

À  l’époque de MK-Ultra, le Dr Cameron ciblait des patients ayant été admis au Allan Memorial Institute pour des troubles d’anxiété ou de dépression. Il semblait avoir un faible pour les mères souffrant de dépression postnatale. Des jeunes femmes qui ne seront plus jamais les mêmes suite à leur passage à l’institut où elles devaient être traitées.

Des patients deviennent des cobayes

Le citoyen de ma circonscription, que j’appellerai Dominique pour respecter son désir d’anonymat, m’a écrit, car sa mère était l’une des patientes du Dr Cameron. Sans entrer trop dans les détails, il m’a fait part de l’effet déshumanisant des traitements que sa mère a reçus et qui ont fait de son enfance un véritable enfer dont il porte encore les cicatrices aujourd’hui.

Il faut en être conscient, les méthodes du Dr Cameron étaient peu orthodoxes, il faisait usage d’électrochocs dont les courants sont de 30 à 40 fois plus puissants que la normale. Il utilisait de nombreuses drogues psychotropes dont du LSD et diverses autres substances paralysantes, tout cela dans le but de mettre ses sujets dans un coma pendant plusieurs semaines et dans un cas jusqu’à trois mois.  Nombreux sont ceux et celles qui auront des séquelles permanentes suite à ces sévices.

Inutile de dire qu’après avoir lu la lettre de Dominique et fait mes recherches, j’ai été renversée d’apprendre ce qui s’était passé et j’ai décidé de me faire la porte-voix de ces victimes au Parlement canadien.

« Des Montréalais ont été soumis à leur insu à des expériences de lavage de cerveau financées par Ottawa et la CIA dans le cadre du projet MK-Ultra. Non, il ne s’agit pas de science-fiction… Le gouvernement nie toute responsabilité, mais par ailleurs, il multiplie les ententes d’indemnisation hors cours avec les familles des victimes qui le poursuivent. Plutôt que de les forcer à recourir aux tribunaux, est-ce que le gouvernement va s’excuser publiquement et indemniser globalement les  familles? », avais-je déclaré le 25 mai 2018.

Dans la réponse du ministre, je voyais clairement qu’il n’avait aucune idée de ce dont je parlais. Par la suite, plusieurs élus, tous partis confondus, sont venus me voir en me demandant : « Monique, de quoi parlais-tu? » Ce dossier est encore trop méconnu et il est primordial qu’on fasse la lumière sur ces atrocités.

Suite à mon intervention de 2018 à la Chambre des communes, j’ai également écrit à Justin Trudeau pour demander des excuses et des indemnités pour les victimes, mais j’attends encore une réponse.

Sortir MK-Ultra de l’ombre

Comme je le mentionnais, même si le sujet a été abordé par des émissions comme The fifth estate ou Enquête et qu’on en a parlé dans certains journaux, le projet MK-Ultra ne fait pas souvent la manchette et il ne doit pas être oublié.

J’étais donc très heureuse que la journaliste Rose-Aimée Automne T. Morin m’ait contacté afin que je participe à son documentaire MK-Ultra la fin du silence. Elle aussi s’est donné pour mission de faire entendre ceux et celles qu’on tente de faire taire depuis 60 ans.

Lorsqu’elle m’a jointe, en 2019, Mme Morin travaillait depuis près de deux ans sur ce documentaire. Elle avait déjà rencontré des patientes de l’époque, des proches de victimes composant toujours avec des traumatismes, des médecins impliqués dans l’affaire et des spécialistes. Elle m’a expliqué qu’elle avait beaucoup de difficulté à obtenir le point de vue du gouvernement canadien. Comme je suis, à ce jour, la seule politicienne qui a abordé le sujet aux Communes et qui a accepté de la rencontrer, elle tenait à s’entretenir avec moi.

Je suis toujours étonnée de voir qu’aucun politicien ne veut se mouiller dans cette affaire et pour moi leur silence est inadmissible. En tant qu’élus, nous sommes redevables envers la population qui nous a confié le mandat de les représenter. En refusant de se prononcer sur un événement aussi horrible, le gouvernement nie toute responsabilité légale ou morale. Inutile de dire que ce silence alimente le cynisme de la population. Si certains citoyens se demandent si le Canada est un endroit sécuritaire et si ce genre d’expérience peut avoir lieu au moment où j’écris ces lignes, comment les rassurer si le fédéral n’accepte pas sa part de responsabilités dans cette histoire? Pourquoi s’obstiner et se taire? Pourquoi ne pas faire amende honorable?

J’en conviens, il n’y a rien de glorieux à admettre qu’on a laissé des gens se faire torturer, mais ça s’est fait.

Les familles qui poursuivent le gouvernement en ce moment souhaitent que le gouvernement fédéral admette enfin publiquement sa responsabilité, qu’il émette des excuses et qu’il offre des compensations raisonnables pour que toutes les victimes puissent enfin tourner la page sur cette sombre période de leur vie et de l’histoire du Canada par le fait même.

L’ironie dans cette histoire sordide, c’est que les familles qui amènent le gouvernement devant les tribunaux peuvent se considérer chanceuses d’avoir réussi à mettre la main sur leur dossier médical ou celui de leur proche. Plusieurs victimes n’ont pas eu cette chance, c’est d’ailleurs le cas de Dominique. Tout ce qu’il peut espérer c’est que le gouvernement s’excuse pour le calvaire dont il a fait les frais suite aux sévices que sa mère a subis.

Du côté des États-Unis, car il ne faut pas oublier que ce projet émane de la CIA après tout, le président Clinton a présenté ses excuses aux victimes en 1995. Qu’attend Justin Trudeau pour faire de même. Le premier ministre du Canada ne cesse de multiplier les excuses, et là, il est grand temps qu’il le fasse pour les victimes du projet MK-Ultra.

En ce qui me concerne, je ne baisse pas les bras. Je l’ai promis à Dominique et à tous les autres qui m’ont fait part de leurs histoires personnelles en lien avec ce qui leur est arrivé au Allan Memorial. Le gouvernement doit admettre sa culpabilité.

Pour ceux et celles que ça intéresse, vous pouvez voir le documentaire MK-ULTRA, la fin du silence en rattrapage sur Tou.TV.

Monique Pauzé
Édifice de la Confédération, suite 212
Ottawa (Ontario) K1A 0A6
T. 613 992-5257
Télécopieur: 613 992-4338
monique.pauze@parl.gc.ca

SOURCE: BLOCQUÉBÉCOIS