GAFA : ils sont tout simplement trop gros – LE PRESSE

GAFA : ils sont tout simplement trop gros – LE PRESSE

Share on facebook
Facebook
Share on twitter
Twitter
Share on linkedin
LinkedIn

Les GAFA sont trop gros. Ils ont trop de pouvoirs et peuvent en abuser. Parfois, ils le font. Et quand ils se font prendre, ils n’ont souvent qu’à payer une amende.

 

Vincent Brousseau-Pouliot

VINCENT BROUSSEAU-POULIOT
LA PRESSE

La question n’est pas de diaboliser le quatuor du GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), qui témoignait mercredi dernier devant le Congrès américain pour convaincre les élus que leur marché est concurrentiel et qu’il ne faut pas changer les lois sur la concurrence. Ils ne les ont pas convaincus.

Les GAFA sont des entreprises privées. On ne peut pas les blâmer de vouloir maximiser leurs profits et leurs parts de marché.

Le problème, c’est qu’ils sont devenus tous les quatre tellement gros qu’ils exercent un contrôle trop important sur notre vie numérique ainsi que sur l’industrie de l’internet et du commerce en ligne. Le moteur de recherche de Google a 90 % de parts de marchés. Ensemble, Google et Facebook représentent 53 % de la publicité numérique aux États-Unis. Et Amazon représente 38 % des ventes au détail en ligne aux États-Unis.

Quand des entreprises deviennent si importantes, elles peuvent réduire au silence des concurrents potentiels, et par conséquent freiner l’innovation.

On reproche donc à Amazon d’utiliser les données des entreprises indépendantes sur son site pour améliorer sa propre offre de produits. À Facebook d’être devenu trop gros depuis l’acquisition d’Instagram et de WhatsApp, et de ne pas avoir tenu sa promesse de ne pas relier les données des plateformes de Facebook et de WhatsApp. À Google de favoriser ses propres sites sur son moteur de recherche. À Apple d’avoir des pratiques anticoncurrentielles sur son AppStore.

Depuis les années 80, le droit de la concurrence aux États-Unis permet aux grandes entreprises de continuer à grossir (notamment en achetant des concurrents) tant que les conséquences sont favorables à court terme pour les consommateurs, explique Pierre Larouche, professeur en droit de la concurrence à l’Université de Montréal. Bref, tant que les prix diminuent à court terme.

Cette logique a atteint ses limites dans le cas des oligopoles que sont devenus les GAFA. Des oligopoles si importants que leurs moindres pratiques anticoncurrentielles font en sorte de tuer la concurrence, qui n’a nulle part où aller. À long terme, c’est nuisible pour tout le monde, incluant les consommateurs qui finiront par payer plus cher.

Les États-Unis n’ont pas le choix : ils doivent réglementer les GAFA très sévèrement. On ne peut plus se fier à leurs belles promesses.

Comme on le fait déjà dans d’autres industries comme les télécoms et la télé, les États-Unis doivent modifier les lois sur la concurrence et instaurer une autorité réglementaire pour les géants de la techno qui évaluera en permanence comment Google gère son algorithme, comment Apple gère l’AppStore, comment Facebook gère les données de ses abonnés et si Amazon se sert des données de ses marchands indépendants pour mousser ses produits. Toute entreprise qui passerait un certain seuil dans ces industries serait assujettie à cet examen continu, beaucoup plus sévère que ce qui se fait actuellement.

Le gouvernement américain devrait aussi envisager de forcer Amazon à se scinder en deux entreprises. Facebook pourrait aussi être forcée de se départir de WhatsApp. Cette option ne serait pas simple : les États-Unis n’ont pas réussi à scinder une entreprise pour des raisons concurrentielles depuis AT&T en 1982 (il avait fallu huit ans). Amazon et Facebook contesteraient une telle décision devant les tribunaux, comme l’a fait Microsoft avec succès dans les années 90. (Pourquoi ne pas scinder Google et Apple ? Ça ne donnerait pas de meilleurs résultats et leur avenir serait davantage compromis sur le plan commercial.)

Le plus important pour l’instant, c’est que les États-Unis et l’Europe modernisent leurs lois sur la concurrence afin de pouvoir contrôler véritablement les tendances anticoncurrentielles des GAFA.

Et le Canada, dans tout ça ? En pratique, un « petit pays » comme le Canada a souvent peu de pouvoirs d’embêter les GAFA et se retrouve à la remorque d’ententes négociées aux États-Unis et en Europe.

C’est pourquoi ce qui se passe actuellement aux États-Unis est si important pour nous.

Source: La Presse